Les Mystéres révèlés:
de l’importance du Pinot

«La vigne, le vin sont de grands mystères. Seule dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction. Quelle journée sans nuage, quelle douce pluie tardive décident qu’une année de vin sera grande entre les années? La sollicitude humaine n’y peut presque rien, là tout est sorcellerie céleste, passage de planète, tache solaire.» Elle ressent, exprimée par la grappe, les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or...»

Sidonie Gabrielle Colette

 

 

Il est un fait avéré, l’expression de nos terroirs s’accommode mal de traduction approximative, sommaire ou élémentaire. Nos sols ont besoin, pour révéler pleinement leur mystère, de l’interprétation la plus fidèle, la plus loyale, la plus sincère possible. Au risque de perdre sa sève et son authenticité, notre lieu, si tangible, si palpable lorsqu’il se trouve dans notre verre, a besoin du lien fort 1, du lien si enraciné qu’est la vigne. Nos vieux pinots se devaient d’être conservés... Au domaine, nos dernières sélections avaient été réalisées dans les années 30, par mon arrière grand père. Mon grand père, quant à lui, sans doute par manque de temps et par souci de «spécialisation», n’avait pas jugé bon de constituer son propre conservatoire de plants. Conscients de cette lacune, il devenait urgent, de nous préoccuper de la pérennité et de l’identité du patrimoine génétique de nos vieux pinots. Aussi, dans le début des années 90, aidés par l’ATVB 2, puis relayés par un pépiniériste alsacien aussi précis que passionné, avons-nous commencé nos premières prospections dans le vignoble. Armés d’une patience toute bénédictine, nous avions conscience que le chemin allait être long et parsemé de difficultés. Aujourd’hui, même si notre travail, engagé depuis plus de dix ans commence à porter ses fruits 3, il se révèle insuffisant. Non seulement, notre modeste sélection ne représente qu’une infime parcelle de l’infinie diversité du Pinot Noirien fin, mais encore, nos bases de prospection constituées par nos plus vieilles vignes se réduisent inexorablement au rythme des arrachages souvent accidentels et non souhaités 4. Une oeuvre collective! Ce constat d’impuissance et d’urgence face à l’ampleur de la tâche, nous a amené à rejoindre en 2007, l’association pour la «sauvegarde de la diversité des cépages de Bourgogne». Cette association crée par Mr Aubert de Villaine, regroupant bon nombre de vignerons «sélectionneurs» bourguignons, a pour objet de fédérer les diverses initiatives de sélection en vue de «valoriser la diversité des lignées dans l’intérêt de la complexité des vins ainsi que dans celui de la variabilité génétique, richesse dont le Pinot tire son originalité unique au monde.» Cette action, dans son acception plus large, nous invite aussi, à oeuvrer, à notre niveau, contre l’homogénéisation catastrophique des ressources génétiques les plus précieuses. Grâce à cette idée partagée, nous luttons ainsi, pour le respect de la biodiversité, condition éthique essentielle au développement de l’humanité toute entière.

Qu’est-ce que le vin? C’est un corps vivant où se tiennent en équilibre les «esprits les plus divers, les esprits volants et les esprits pondérés, conjonction d’un ciel et d’un terroir. [Gaston Bachelard]

1 la vigne, lien entre le ciel et la terre 2 association technique viticole de Bourgogne http://atvb.free.fr/ 3 Nous complantons aujourd’hui, essentiellement avec notre propre sélection 4 Les passages successifs de charrues, même le cheval cause ce genre de dégâts...