2006:

Septembre fait le vin !
Charme et élégance

Jean-Louis Trapet août 2007

Si le sublime nous touche, le beau nous charme1.

 

Oui vraiment ce millésime si capricieux à sa naissance, nous charme et nous séduit aujourd’hui.
Après un millésime 2005, à l’ordonnancement classique et flamboyant, 2006 allait décidément nous réserver bien des fantaisies. Fantaisies, dont la plupart des vignerons se serait bien passé. Une fois de plus, notre geste bio-dynamique, nous a puissamment aidé dans l’accompagnement de ce millésime étonnant, au charme aujourd’hui manifeste.. A peine le temps de se remettre de l’émerveillement de 2005, qu’il nous faut reprendre nos quartiers d’hiver. La taille est au programme. Nos travaux sont souvent contrariés par des épisodes neigeux importants. Le froid vif est sans cesse au rendez-vous.

Le mois de mars nous honore même d’un manteau neigeux bien inhabituel. Heureusement, dans cette nature, qui enveloppe les choses, les êtres et les esprits, nos énergiques vignerons, savent apprécier le réconfort des «brûlots». Cette froidure dure jusqu’à la mi-mars, date à laquelle nous terminons la taille. Le souffle du printemps est à peine perceptible. Les précipitations nombreuses facilitent l’attachage des baguettes. Cet ouvrage, véritable signature de la vigneronne, revêt, une importance capitale. Ce geste créateur, garant de l’orientation de la vigne, exige les mains habiles et expertes des courageuses «layottes»
Cependant, ce temps maussade n’est pas au goût de tout le monde, il perturbe le travail de reprise des sols. Le laboureur doit souvent remettre son ouvrage à des jours meilleurs, pour ne pas risquer de «lisser» la terre et perdre les bénéfices des soins prodigués aux sols (couplés aux bienfaits des préparats 500). Le beau temps nous réapparaît enfin le 26 mars. Les températures atteignent des valeurs records, le thermomètre de la cour au domaine atteint 32°C. Ce renversement de situation excite les impétueux bourgeons, le débourement s’enclenche alors rapidement. La vigne a complètement rattrapé son retard sur 2005. Le mois de Juin est exceptionnel! Sans atteindre les records de 1976, on s’en approche, avec des caractéristiques assez similaires, peu d’eau (-70% /normale), des températures moyennes qui s’élèvent à 23°C (normales:17.3°C) et surtout un ensoleillement record (+35% /normale). Dans ces conditions, la fleur si discrète, s’enclenche brusquement. Ce qui nous frappe alors, c’est l’extrême célérité de la nouaison. Les grappes sont formées bien avant la Saint Jean.
Les stades se suivent à un rythme effréné, nous obligeant à décupler nos forces. Les maladies se font rares mais la vigilance reste de mise. Les conditions sont idéales, les records d’ensoleillement sont atteints (du jamais vu depuis 1921, date de la création de la station météorologique de Dijon) Tout semble alors idyllique... nous étions sans doute dans l’oeil du cyclone. Le jeudi 27 juillet à 16 heures, un événement aussi brutal que cruel vient anéantir nos beaux espoirs: des grêlons poussés par un vent violent s’abattent sur Gevrey! Angoissés, nous nous rendons au chevet de nos blessées. La partie haute des «Chapelle» est manifestement la plus touchée. La décision d’entreprendre un sauvetage est irrépressible. Aussi, nous décidons d’intervenir rapidement. Le lendemain matin dès 9 heures, nos vignerons équipés de pulvérisateurs portatifs tentent de panser les plaies ouvertes. Le talc de Luzenac complémenté d’Arnica Montana , de Millepertuis et de Valériane, nous est d’un grand secours. Une silice de corne est passée la semaine suivante. Toutes les pistes sont explorées pour aider nos petites victimes. Cet acharnement, sans doute salutaire, nous redonnera aussi la confiance, l’espoir et la sérénité nécessaire à la compréhension de ce millésime si particulier. Septembre fait le vin! Le temps du mois d’août, contraste énormément avec celui de Juillet, les averses sont nombreuses. Qu’a cela ne tienne, notre moral est à peine émoussé, on en a vu d’autres clament les anciens! Après la pluie le beau temps! Les nuages finissent par disparaître, et de superbes conditions anticycloniques à partir du 23 août nous redonnent foi en ce millésime. Conscient de l’importance primordiale du tri, nous concevons rapidement, avec l’aide d’un constructeur local, un système de sélection des grains secs à la sortie de l’erafloir. Aussi inespérée que salvatrice, cette arrière-saison bourguignonne, si propice à la maturation tardive et lente du pinot noir s’installe durablement jusqu’aux vendanges. Le samedi 23 septembre, les premiers raisins arrivent à la cuverie. Certes, ils sont mûrs, mais ils demandent une sélection méticuleuse et drastique. De ce tri draconien, sortiront des moûts à la franchise de goût et à l’expression aromatique très fine et charmeuse. Nul ne pouvait imaginer une telle promesse! En définitive, cette Chapelle, si capricieuse, si éprouvante en 2006, nous aura construit, elle nous aura montré la voie de la sérénité et de l’espérance.
Le charme aussi peut nous toucher!

1 Emmanuel Kant Observation sur le sentiment du beau et du sublime (1764)


BOURGOGNE AUJOURD'HUI SPECIAL MILLESIME 2006

JEAN ET JEAN-LOUIS TRAPET DANS LA SÉRÉNITÉ

"Ce n'était pas un millésime facile, notamment du fait de l'averse de grêle du mois de juillet. ll y a toujours une petite appréhension avant les vendanges. Nous avions toutefois le sentiment d'avoir fait tout notre possible. C'est pourquoi je suis resté serein", annonce Jean-Louis Trapet

Les résultats de notre dégustation peuvent même ajouter la satisfaction à cette sérénité. Voici trois superbes grands crus de garde A la vigne, le domaine revendique plus que jamais ses méthodes biodynamiques. Le domaine est certifié depuis 1998. Côté cave, JeanLouis Trapet affirme être de moins en moins interventionniste dans ses vinifications. Il parle même d'infusion pour son travail en 2006. A noter qu'un travail méticuleux de triage été mené puisque les baies sont repassées sur la table après éraflage.

CHAMBERTIN GRAND CRU Une bien belle émotion pour nos dégustateurs. "Un grand vin d'avenir", note l'un d'eux. Un immense volume se déploie en bouche. La longueur est magnifique.

LATRICIÈRES-CHAMBERTIN GRAND CRU Ce vin n'est pas très démonstratif pour l'heure. Sa longueur et sa subtilité ne laissent pas de doute sur sa qualité.

CHAPELLE-CHAMBERTIN GRAND CRU Un véritable festival pour le domaine Trapet. Le fruité de ce grand cru est d'une grande complexité. La bouche est racée et très longue


GUIDE REVUE DES VINS DES FRANCE 2009

Producteur attentif et sensible, adepte convaincu mais sage de la biodynamie, Jean-Louis Trapet a positionné très haut le domaine familial. Il dispose d’un beau patrimoine avec trois grands crus et deux premiers crus entre autres. Toutes les cuvées sont également réussies, que ce soit dans les grands ou les petits millésimes avec un respect du terroir digne d’éloges, dans un grand style qui fait honneur à la Bourgogne. La réussite des derniers millésimes a fait faire au domaine un grand pas vers la troisième étoile. Les vins. Les 2004 étaient très réussis et les 2005 sublimes.
Le domaine récidive avec des 2006 de très haut niveau.
Le Gevrey-Chambertin 06 est de bonne densité et élégant, avec une belle longueur et de la fraîcheur en finale.
Le Chapelle-Chambertin 06 est époustouflant de classe, de persistance et de raffinement;
Le Latricières 2006 est d’une grande élégance.
Quant au Chambertin 2006, son mélange de matière pleine et de puissance, de densité et d’équilibre le place sur une planète à part.

La réussite des 2006 est totale!


GUIDE BETTANE ET DESEAUVE 2009

Jean-Louis Trapet, magnifiquement aidé par son épouse Andrée, vigneronne alsacienne aussi engagée que lui, porte progressivement son célèbre domaine familial aux sommets absolus de la Bourgogne actuelle. La viticulture obéit aux principes les plus sains de la biodynamie et les sols à nouveau vivants expriment dans les vins finis les plus subtiles nuances du terroir. Pour les 2006, Jean-Louis TRAPET a volontairement assoupli sa vinification, pour serrer au plus près de la vérité du millésime, et a gagné en finesse et en naturel»».

Chambertin 2006 2016 à 2026 17,5/20 Grand vin aérien, tanin sobre, grand longueur, vin aristocratique ne dévoilant qu’une partie de sa force et de son potentiel, mais déjà remarquable par son soyeux de texture Chapelle-Chambertin 2006 2016 à 2024 15/20 Nez puissant, aux notes fumées et épicées, vin droit mais doté de tanins plus austères que les autres vins du domaine Latricières-Chambertin 2006 2016 à 2026 16,5/20 Beaucoup d’élégance et de naturel, tanin souple tendre et complexe, cachant sa puissance sous une décontraction de jeunesse Gevrey-Chambertin 1er cru Clos Prieur 2006 2016 à 2026 15,5/20 Notes de fumé et de ronces, dans l’esprit du millésime, saveur noble et naturelle de pinot bien respecté, vin de charme permettant d’attendre les grands crus.


REVUE DES VINS DE FRANCE octobre 08
Les 100 plus grands bourgognes rouges

Chambertin 2006: 19,5 D’un volume énorme, cet immense vin se montre moins accessible que le Latricières, avec un boisé moins fondu, mais aussi avec une matière plus profonde. Il faut lui laisser le temps de se mettre en place. Il atteindra le sommet, le raffinement de ses tanins frôle la perfection!
Latricières- Chambertin 2006: 19/20 Le domaine a atteint un niveau de maitrise des vinifications qui force le respect. La proportion de raisins entiers apporte un supplément d’âme à ce vin, inscrit dans son terroir. D’une justesse d’extraction parfaite, il combine puissance et grâce. Même le difficile 2004 est ici transcandé, avec une race étonante.


GUIDE HACHETTE 2009
Gevrey- Chambertin 2006: le domaine disposant de plusieurs climats, il les assemble: Dérée, Champérier, Clos de Combe, Petite Jouise... Quelques pieds de 1913. Jean-Louis Trapet est en biodynamie, un croyant, un chevalier Templier. Rubis et cassis, boisé léger et intégré, ce 2006 joue les classiques. Certes il y a là un velours, une certaine idée de la vinification qui n’était celle de son père. Davantage porté sur le plaisir, ce Gevrey réglissé mise sur les deux tableaux: à apprécier de suite ou à garder. Son Gevrey- Chambertin 2005, sur le fruit, l’épice et la réglisse, est équilibré, il demande un peu de temps pour l’apprécier. Chambertin 2005: Coup de coeur pour le millésime 2000, le domaine conduit par Jean- Louis dispose de 2 hectares de Chambertin, certains pieds de vignes affichant 1919 comme année de naissance sur leur carte d’identité. Biodynamie absolue par conviction profonde. Robe d’apparat, parfums de sous-bois et de mûres légèrement réglissée. Bouche puissante et fine qui finit longuement sur le fruit et des touches de moka. Un vin racé et distingué. Digne des plus beaux crus des meilleurs années, conclu un juré. Chambertin 2006: Trois parcelles de Chambertin, des pieds qui vont fêter leur 90éme anniversaire cette année. Si ils racontaient leur histoire autrement qu’en bouteilles... Que d’évolutions jusqu’à la biodynamie actuelle (biodyvin , demeter) dont Jean Louis Trapet est un militant convaincu! Un 2006 dont la robe rappelle le manteau du sacre de Napoléon, référence obligée à Gevrey. Trois brins de violette forment un bouquet comportant en bouche des notes chocolatées. Agréable en bouche, sur une tonalité soyeuse plus sensible au charme qu’à la force. Coup de coeur en 2003 pour le millésime 2000, mémorable en effet. Chapelle-Chambertin 2006. Une vigne historique: l’une des premières à être replantée en cépages bourguignons greffés après le phylloxéra, Louis 1er allant chercher nuitamant ses greffes en gare de Chagny, car ce n’était pas encore admis par les autorités... Un pionnier en définitive! Cerise, brillant, ce 2006 est appelé à d’assez longues dévotions. Le floral et le minéral se faufilent dans le bouquet. En bouche, la vivacité et les tanins restent très cadrés. Mention Biodyvin et Demeter, encore rarissime en Bourgogne!.